Intuition et réminiscences
L'Absinthe

Muse des poètes maudits, éthérisée sous la forme de la Fée verte, pourchassée et accusée à tort de rendre fou, a été réhabilitée en 2001.
Il est prouvé que la consommation de l'époque se faisait avec des doses de 4 à 6 cl (L'Absinthe titrait entre 65° et 72°), et que c'est surtout l'abus gargantuesque d'alcool fort qui était nuisible. Cette consommation excessive ne permettait plus au corps d'évacuer la molécule de la Thuyone (voir ci-après ce qu'est la Thuyone), présente en forte quantité.
À ces maux s'ajoutèrent les producteurs peu scrupuleux qui vendirent des Absinthes à base d'alcool frelaté et autres ingrédients à bas coûts afin de profiter de l'engouement mondial.
On peut comparer celles-ci aux "Absinthes" actuelles, de couleur fluorescente, titrant entre 70 et 89,9° et ne comportant ni Absinthe, ni Anis Vert, et qui participent à faire retomber l'Absinthe dans les travers ayant conduit à son interdiction.
(source : L'Absinthe de Pontarlier)

Pour nous, le spiritueux préparé est une joie pour l'odorat lors du broyage des herbes et graines, avant mise en macération. Et ensuite, après le patient rituel de la fontaine à eau qui goutte sur la fameuse cuillère, c'est un délice pour le palais des saveurs...
Ayant récupéré un plant d'artemisia absinthium en Savoie l'an passé, nous avions cette année une magnifique touffe, au pieds vigoureux, remplie de fleurs jaunes.
Tout nous appelait à le réaliser en élixir...
Pour le Soufre,
Mise en macération dans de l'eau de source naturelle distillée.

Pour le Mercure,
Mise en macération dans un alcool lunarisé à 70°

24h après,
Premières filtrations : L'alcool est vert, l'eau est rouge.

Notre eau chargée est mise en évaporation lente,

Le liquide se concentre et se fonce,

Nouvelle filtration,

Pendant ce temps, notre alcool est mis en distillation,

De vert émeraude, il se sublime et repasse à la transparence,

L'écoulement dans la cornue se fait plus rare, à une température d'environ 72°.
La première distillation est arrêtée
Après mesure, 76% d'alcool ... et un bon nettoyage de cornue en perspective...

Un peu de sable, graviers et d'eau chaude, un mouvement tournoyant accompagné d'un bruit agréable ... et tout sera nickel !
On remet notre Mercure pour une 2e tournée de distillation, dans une cornue plus petite.
(Il reste environ 140ml).

Pendant ce temps-là, L'évaporation du "jus" continue...
avec quelques surprises visuelles !

Lorsque le niveau devient très bas, une autre filtration.
Le volume de liquide étant faible, je découpe mon filtre pour qu'il absorbe moins de substance.

Et on remet en évaporation lente.
Température douce (près de 30°) pour ne rien brûler.

Après une nuit à température très douce (moins de 30°), le mélange s'est concentré en un miel.

Un temps un peu clair va permettre de sécher la plante qui a séjourné dans l'eau de pluie.

(je garde celle qui a séjourné dans l'alcool dans son bocal, pour qu'elle en reste humectée)
Coté Mercure, la distillation se poursuit.

Pour améliorer le processus qui traîne un peu, j'enveloppe la cornue dans du papier d'alu, ce qui accélère d'un coup la température de 59° à 75°... et ça avance !
De 140ml à 76%, je vais récupérer 120 ml à 86%.
Plein d'entrain, je passe à la confection de la teinture. :)
Au miel (notre Soufre), est additionné le même volume d'alcool (notre Mercure).
Une petite spatule va réaliser le mélange, qui devient très homogène.
Odeur agréable inconnue, goût très spécial : ça rappelle l'amertume de l'absinthe, avec un côté fruité en plus... (bé quoi, on va pas laisser les résidus sur la spatule sans y goûter :lol: )

Après fermeture hermétique, direction la couveuse, en attendant la confection de notre 3e principe.
En soirée, je passe à la calcination !
Ne sachant pas encore comment je vais orienter l'imbibition de la teinture et le rendement plante/sel, j'ai prévu une grosse quantité à calciner, et quelques recharges pour mon réchaud. Dans la casserole, je mets la plante macérée dans l'eau et séchée,

puis celle qui a été mise dans l'alcool (ça va nous aider pour brûler aussi DANS la casserole !)

Puis je vais rajouter de la plante qui avait été mise au sec :
fleurs, feuilles et surtout des morceaux de tige épaisse, coupés au sécateur.

Il faudra de nombreuses heures ... remettre une 2e cartouche ...

Et finalement on s'arrête faute de gaz.
Après 5h de chauffe, le résultat intermédiaire est déjà encourageant...

A ce stade, on "transpire" de fumée (cheveux, habits, poumons ...).
Pourtant même après une bonne douche, "l'odeur" de la plante est encore omniprésente, une odeur agréable et familière...
Où qu'on aille, elle est "là" ... c'est magique ! :)
La calcination reprend le lendemain, avec une nouvelle cartouche de gaz.
Ayant passé la phase où la plante brûle et fume, il ne reste que des charbons.
je continue donc à l'intérieur dans une pièce aérée, puisqu'il n'y aura plus d'émission de fumée.
La casserole n'est un amas de cendres rougeoyantes, c'est très chaud mais toujours excitant !

peut-être un peu trop chaud ...?

quelques craquements inhabituels ... le fond acier de la casserole IKEA se décolle... ! :?

Les alchimistes suédois doivent être très malheureux :lol:
On reprend avec une casserole AMWAY, indestructible ;) et pour démarrer, un feu plus raisonnable

Et toujours le spectacle des cendres rougeoyantes...

Après une bonne heure, on mets un couvercle, on pousse un peu le feu.
Et lorsque la sensation intérieure est finie, on éteint et on laisse refroidir sans toucher au couvercle.
Au matin, 26g de cendres ... dont il faudra patiemment extraire notre Sel.

Voici notre cendre, très abondante.
Dix fois moins suffirait pour cet élixir, mais j'ai aussi d'autres projets.

On passe à la lavation des cendres :
4 cuillères à thé dans un bocal d'eau de pluie filtrée, on secoue et on laisse reposer..
. 
Lorsque l'eau est redevenue claire, j'aspire cette partie avec une grosse seringue.
(on peut ainsi garder les cendres en bas du bocal, et remplir à nouveau avec de l'eau de pluie plusieurs fois ... et même tant qu'on peut récupérer du Sel !)
Un coton serré dans l'entonnoir ...

et on laisse patiemment gouter.

Et c'est parti pour l'évaporation,
température avoisinant 75°.

Un ventilateur à l'arrière-plan évacue l'humidité vers la fenêtre.
5 bouteilles d'eau de pluie seront utilisées au total pour récupérer notre Sel, tiré d'une partie seulement des cendres.
Le temps d'évaporation était d'environ 2 heures par plat disposé sur la plaque chauffante.
Et après le refroidissement du plat, le Sel était récupéré par grattage.

Il y eut des résultats très différents sur les formes...



Un peu de 3D

avec un détail des "monticules" :


une jolie planète ?


Et tout le Sel récolté

fut relavé et remis en évaporation

Au final,

Quelques animations, pour le plaisir...
Fin d'évaporation (vitesse X15) Vidéo 1
Evaporation, avec détail des amas circulaires qui se forment. Vidéo 2
Un peu de soleil de fin d'après-midi me permit de commencer la solarisation du Sel.

15 jpurs après la mise sous couveuse à 37°, notre teinture semble asséchée.
A l'ouverture du bocal, l'odeur est forte, fruitée, inconnue. Il me vient à l'idée que c'est une "odeur spirituelle", sans que je puisse mieux l'expliquer .
Nous y avons versé la même dose de Mercure à nouveau, puis encore une dose.
Peu à peu, le sirop s'est décollé, ramolli, puis a réussi à se dissoudre complètement dans cet ajout d'alcool, sous le mouvement continu et doux de la spatule.
Et nous nous retrouvons avec un liquide encore plus fluide, et très homogène.

Le goût est toujours le même, sucré (quetsche ?), avec un retour très amer... Notre fée verte n'est pas très loin.
(à suivre)